Les Sept de Chicago - Film (2020)

Film de Aaron Sorkin Drame, historique et thriller 2 h 09 min 16 octobre 2020

Le procès des manifestants lors du Congrès de l'assemblée Nationale de Chicago en 1968, une date importante dans l'histoire des Etats-Unis. Cette assemblée avait pour but de désigner le candidat démocrate aux élections présidentielles de 1968.

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CINEMA
Critiques : avis d'internautes

A la découverte du sujet du nouveau film d’Aaron Sorkin, on ne peut s’empêcher de penser que ce qui préside à ses choix se situe toujours au niveau de l’écriture : l’ancien scénariste passé à la réalisation a besoin d’un récit dense, d’une pluralité de personnages pour pouvoir chorégraphier avec la jubilation qu’on lui connait le ballet des individus au sein de systèmes ultra codifiés. La cour de justice est donc un sujet auquel il devait se frotter un jour ou l’autre, et qui avait déjà contribué à le faire connaitre il y a 30 ans dans Des hommes d’honneur. Son nouveau projet s’accroit d’une reconstitution historique, à travers le récit du procès des activistes déclarés responsables des émeutes en marge de la convention démocrate de 1968 : Sept prévenus, et un invité d’honneur, Bobby Seale, leader des Black Panthers, représentants de la diversité de la jeunesse contestataire s’insurgeant contre l’action des USA au Vietnam, et en conflit frontal avec la génération de leurs pères convaincus du bien fondé de cette politique agressive.

L’enjeu garde cette ligne directrice propre à l’écriture de Sorkin : l’immersion dans une institution, la fascination pour une machine bien huilée, et la traque des failles en coulisse du système pour un regard en surplomb qui permettra l’exhaustivité. Qu’on ne s’y trompe pas, l’auteur joue toujours cette partition très habile qui fait la part belle à des performances ultra écrites, qui ne débarrasseront jamais totalement de ce glacis à l’américaine : musique parfois un peu pompière, scènes ultra écrites qui font briller les personnages et rythme savamment dispensé, pour un résultat qui s’enorgueillit presque de son académisme. On trouvera ici moins un brûlot polémique qu’une reconstitution de luxe, fidèle à cette tradition hollywoodienne de redigérer les plaies de son Histoire pour en faire, quelques décennies plus tard, de bien belles histoires.

Il n’empêche que ce regard sur la complexité de la situation reste toujours aussi talentueux, et que l’écriture de Sorkin sied à merveille à ce fait judiciaire aux ramifications multiples. Dès l’exposition, où une même phrase se trouve poursuivie et contredite au fil des séquences attribuées à chaque protagoniste, le ton est donné : la contestation a de multiples visages (de l’étudiant WASP aux hippies défoncés, en passant par l’activiste afro-américain) et le gouvernement autant de méthodes pour les faire tomber. En faisant monter la tension vers des émeutes sur lesquelles il fait une brutale ellipse pour commencer le procès, Sorkin joue habilement de la distillation du rythme, permettant une alternance à géométrie variable entre séquences parlées dans le prétoire, flashbacks et confrontation des différentes versions. On retrouve ce sens de la cadence, cette pulsation polyphonique d’un Scorsese (Les Affranchis, Casino), dans une perspective certes plus édulcorée, mais au profit d’un tableau d’ensemble qui permet aussi de saisir les désaccords et les contradictions au sein des prévenus comme de ceux qui les jugent.

Cette dynamique instaure une tension narrative qui retranscrit avec une grande justesse ce rapport de force entre une jeunesse prise dans des mouvements de foule à un instant T et une force officielle qui va les contraindre : par la présence policière, accusée d’avoir provoqué les émeutes, puis la force de frappe judiciaire faisant d’eux des exemples à sacrifier. Alors que le jargon et les astuces du système continue d’irriguer l’intrigue, (encore un plaisir d’expert à la Sorkin), les séquences les plus puissantes sont celles où l’on voit des protagonistes forcés, littéralement, au silence, par un juge objectivement incompétent et partial, représentant nécrosé de la nation face à la nouvelle génération. Ici, le plaisir de l’écriture fluide et jubilatoire cède le pas à un véritable propos, quitte les joutes et la virtuosité pour toucher au cœur de ce déséquilibre dans une prétendue démocratie, même si le réalisateur a pris soin de ne pas faire non plus des prévenus des martyres. Quand la parole se grippe, quand la fluidité chère au réalisateur rencontre des obstacles, la réponse des uns (l’insurrection) et des autres (le bâillon) nourrissent subitement sa polyphonie de mélodies bien plus graves.

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