Holy Motors - Film (2012)

Film de Leos Carax Drame et fantastique 1 h 55 min 4 juillet 2012

De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l'immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l'action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?

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Holy Motors - Film (2012)

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CINEMA
Critiques : avis d'internautes

Treize ans. Treize longues années ont été nécessaires à Leos Carax pour revenir au cinéma français accompagné d’un long-métrage sélectionné au Festival de Cannes 2012. Et quel long-métrage ! Holy Motors nous présente l’ancien enfant terrible du cinéma français tout juste remonté des limbes. Car c’est bien de lui-même qu’il nous parle dans ce film et dès le prologue : au-dessus d’une salle de cinéma, un Dormeur (Carax himself) s’éveille dans la nuit, s’approche d’un mur et l’ouvre à l’aide d’une clé intégrée à son majeur. Il découvre alors le cinéma et ses spectateurs-zombies. Cette scène sublime nous montre un Icare ressuscité qui veut parler de sa carrière et de sa vie.

« Le film raconte-t-il une histoire ? Non, il raconte une vie. L'histoire d'une vie ? Non, l'expérience d'être en vie » (Leos Carax, Télérama n°3259). Pour raconter cette expérience, le cinéaste a une nouvelle fois fait appel à son alter ego Denis Lavant. Et ce n’est pas un, mais onze Denis Lavant (alias Monsieur Oscar) que nous suivons. On le découvre homme d’affaires, quittant sa famille pour monter dans une limousine blanche conduite par Céline (Edith Scob). Il y prépare ses « rendez-vous » de la journée. On le retrouve sous les traits d’une vieille mendiante roumaine sur le pont Alexandre III. Dès lors, Monsieur Oscar occupera plusieurs identités : créature effrayante et grotesque, père de famille déçu ou encore tueur chinois. Personnage de science-fiction ? Divinité ? Comédien ? Peu importe, le spectateur y croit. Là est le tour de force de Carax : chaque sketch appartient à un genre cinématographique, a sa propre mise en scène, son propre univers musical. Devant nos yeux défilent un mélodrame, un film de science-fiction, une comédie musicale, un film policier… Et à chaque fois, le spectateur entre dans l’histoire et s’identifie au personnage.

Pourtant, l’artificialité du film est revendiquée : le réalisateur va jusqu’à intégrer un entracte. Mais la scène qui caractérise le mieux cette idée est le dernier « rendez-vous ». Oscar est M. Vogan, un vieil homme sur le point de mourir dans son lit, qui est rejoint par sa nièce Léa (Elise Lhomeau). Après un dialogue d’une grande émotion, l’homme s’éteint. Puis, Oscar se réveille et se lève. Il remercie Léa (qui, en fait, se nomme Elise et se trouve être elle aussi « comédienne ») et chacun retourne à ses « rendez-vous ». Cette scène exprime l’idée du theatrum mundi qui parcourt le film et que Shakespeare a si bien expliquée : « Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles ».

Le film – par l’intermédiaire des onze incarnations de Monsieur Oscar – nous emmène dans des mondes souterrains et parallèles. Au fur et à mesure que M. Oscar se transforme dans sa loge-tombeau, il s’engouffre dans le néant et la mort. Mais la mort ne vient pas et le « comédien » endosse des rôles encore et toujours. Il est de plus en plus fatigué et las, mais continue pour « la beauté du geste ».

Ici, les caméras numériques ne sont plus des caméras, mais de simples machines, des ordinateurs. « Avant les caméras étaient plus lourdes que les hommes, elles sont maintenant plus petites que leurs têtes ». Les mots de Carax dans la bouche de Lavant font tilt : le cinéma n’est plus, il est autre. Il faut donc revisiter le vrai cinéma à travers Franju et Les Yeux sans Visage, Godard et Jean Seberg, Hitchcock et le chignon de Kim Novak. Il y a une vraie dimension ludique dans le film. Ces moments fulgurants de cinéma sont d’une inventivité et d’une simplicité que le spectateur ne voit que très rarement. On accompagne volontiers M. Oscar dans son voyage et, devant ses vies spectrales, on passe du rire (l’extravagant Monsieur Merde) aux larmes (le père déçu par sa fille).

Ainsi, on entrevoit la mélancolie du cinéaste (présente dès Boy Meets Girl en 1984) et le film devient prodigieux. On comprend que M. Oscar ne peut se libérer de son corps, à l’instar du personnage d’Angèle dont la punition est d’être elle-même et « d’avoir à vivre avec ça », et surtout de Leos Carax qui, dans son éternel spleen, a choisi de conclure le voyage de M. Oscar sur les paroles de Gérard Manset : « On voudrait revivre. Ca veut dire : on voudrait vivre encore la même chose ».

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