SHAWTER [ DAGOBA ]

Shawter, chanteur et compositeur de DAGOBA s’est gentiment rendu disponible pour répondre à une série de questions qui vous éclairera un peu plus que sa vie de musicien ainsi que sur la méthode DAGOBA !

Bonne lecture !

1- Salut Shawter ! Etre la tête pensante d’un groupe tel que DAGOBA ne doit pas être de tout repos. Comment organises-tu ta vie autour de ton groupe?

Salut ! C’est clair qu’il ne faut pas compter le nombre d’heures, mais sur la durée je reste convaincu que c’est plus confortable d’avoir un métier-passion que d’aller à l’usine. Disons que les périodes de travail sont souvent très intenses, et si les dates de tournées sont fixées, les dates de compositions, d’arrangements, n’ont quant à elles pas de vraies limites dans le temps. Il est donc primordial en ce qui me concerne des périodes ou je ne fais rien qui touche à la musique, pour me ressourcer et simplement profiter de la vie telle qu’elle est, de ma famille et mes proches.
C’est assez compliqué car j’ai toujours un truc en tête qui me relie au groupe; une idée pour la pochette du futur album, ou un habillage scénique, un riff qui surgit pendant que je regarde la tv… mais bon, je ne suis plus du genre à me lever comme un fou au milieu de la nuit pour enregistrer une idée au studio. en général je note l’idée ou je la fredonne sur mon téléphone et je laisse mon entourage dormir tranquille !
Au niveau de l’organisation familiale, mon rythme de vie est assez particulier aussi, mais au final il est plutôt arrangeant pour toute la famille.
Malgré notre rythme de tournée soutenu, la plupart du temps pendant la semaine je suis là pour elle. Je peux ainsi pleinement profiter de mes gosses, les emmener à l’école, aller les chercher, ce qui n’est pas tout le temps possible quand on bosse au 35h/semaine malheureusement.
En ce qui concerne les loisirs, nous partons dès que nous le pouvons en vacances, c’est souvent hors saison, car l’été est la période des festivals pour le groupe.

2- Si je ne me trompe pas c’est toi qui compose la totalité des titres. Je suppose que tu es équipé en MAO. Qu’utilises-tu pour maquetter les titres?

C’est bien ça. Ce n’est pas un truc que j’ai mis en avant et souvent les gens qui l’apprennent sont étonnés. Mais c’est pourtant le cas depuis sept albums maintenant.
J’ai monté un home studio, très pratique pour maquetter et produire. La configuration est simple, efficace : protools / un pc assez puissant / un pré-amp et
quelques micros pour la voix / un kemper pour basse et guitare / un clavier maître pour diriger mes synthés virtuels / de bonnes enceintes monitoring.
Avec ça, j’arrive au résultat qui me convient, c’est pas l’Amérique, mais je m’en sors.
Je m’investirai sûrement dans le studio, le matos, le savoir-faire aussi, quand je ne serai plus actif scéniquement, mais pour le moment, j’ai besoin d’un système qui fonctionne pour ce que j’ai à faire.

3- Ta technique vocale est très impressionnante. As-tu pris des cours? As-tu des techniques pour garder ta voix concert après les concerts ?

Tout d’abord merci du compliment !
J’ai fait le Conservatoire durant mes années Fac. Alors ça consistait pas vraiment à prendre des cours de chant : y’a une chorale, tu te places, on te file une partition, un pianiste donne le Do, et c’est parti ! C’était juste une option musicologie, donc rien de super sérieux. Mais ça m’intéressait beaucoup, du coup j’ai appris à lire une partition, à chanter avec, et surtout j’ai pu passer des heures à pratiquer le chant clair sans faire chier mes voisins.
L’idée dans une chorale, c’est que les chanteurs sont placés en fonction de leur tessiture. les basses sont entre basses, les tenors avec les tenors, etc, etc…
En gros comme mon but c’était de bosser pour progresser avec Dagoba plutôt que d’avoir une bonne note à la fin du cycle, j’ai pris le parti de me déplacer dans la chorale.
je suis parti des basses, pour aller vers le plus haut que ma voix le permettait.
Pour me faire des bases, ce fut une bonne école.
Pour ce qui est des growls, je me suis beaucoup inspiré de chanteur comme Phil Anselmo, David Vincent…Mais je suis toujours en train de parfaire ma technique.
Afin de ne pas trop se bousiller la voix après les concerts, je ne connais qu’une technique efficace : boire de l’eau, et dormir un max. Quand nous sommes en
tournée, je suis toujours le premier au lit, et le premier à râler quand on part trop tôt aussi. car j’ai vraiment besoin de repos.
Après, je ne suis pas un nazi de la condition physique, si le lendemain on a qu’une date, ou un day off, je fais comme tout le monde je bois un coup pour fêter le rock et l’amitié, et ça marche comme ça.

4- DAGOBA est un groupe réputé pour la puissance qu’il dégage en live. Préparez-vous les shows en résidence? Avez-vous une équipe technique dédiée?

En effet, nous avons pris l’habitude de mettre en place le show en résidence. C’est surtout pratique pour notre équipe technique, qui peut se focaliser sur le son, les lumières, les changements d’instruments, la scénographie.
Nous faisons en sorte de fidéliser notre équipe technique. Nous sommes très proche d’eux, à leur écoute, premièrement car c’est des amis, et ensuite car nous savons que faire tourner sans cesse une équipe technique n’est pas la meilleure chose à faire pour construire un show fiable et solide soir après soir.
Nos ingé-son et lumière, notre tourman, notre backliner, notre merch girl font parti de notre show, de notre confort, et donc de notre état d’esprit en montant sur scène.

5- Votre dernier album BLACK NOVA est une réussite. L’ajout de samples et autres beats emmène le groupe vers une identité musicale bien plus personnelle. Comment composes-tu toutes ces parties “keys”?

Sur mes 6 précédents albums, j’avais vraiment pour habitude de composer d’abord les riffs, puis les parties batteries, et ensuite j’ajoutais des layers de synthés, ou d’orchestration.
Mais pour Black Nova, il m’est arrivé de partir d’un synthé pour coller un riff dessus. Ou simplement de me servir d’un son qui me plaisait pour faire une transition entre deux parties.
Çà donne une dynamique toute autre à notre musique, et qui me plaît énormément.
Malheureusement je n’ai pas le niveau nécessaire pour jouer toutes ces parties au piano, donc je les écrit en midi. Avec l’expérience je suis devenu une vraie machine pour faire ça, du coup ça me prend pas trop de temps d’exécution.
Je suis boulimique de synthés virtuels, toujours à la recherche de nouveautés (ou d’anciennetés d’ailleurs), je lorgne beaucoup du côté de l’electro depuis quelques années, et il m’arrive de zoner sur les forums spécialisés pour savoir quel Dj utilise quel matos, etc… Du coup, je commence à en avoir un bon paquet, et il m’arrive de passer des journées à organiser mes sons, à les classer.
“celui-ci pourrait me servir pour tel type de chanson, celui-là pour une transition…” etc…
Ce n’est pas vraiment de la composition, mais au moins quand je me lance, je sais ou chercher pour que ça avance en souplesse.

6- Chez THE STUDIO EXPERIENCE nous sommes convaincus que l’avenir est avec des machines telles que le KEMPER. DAGOBA joue également dessus. Pourquoi ce choix et comment avez-vous travaillé le son live du groupe?

Nous sommes venu au Kemper pour plusieurs raisons : la première et que ça sonne terriblement bien. la seconde est que c’est très pratique. la troisième est que c’est facile à transporter.
Ça suffit clairement pour nous convaincre.
Nous préférons aujourd’hui nous trimbaler avec de la scénographie plutôt qu’avec des têtes d’amplis, des caissons, tout ça en double au cas ou ça nous lâche le soir du show…
Le Kemper c’est vraiment super pratique, fiable, et nous offre la possibilité de travailler notre son en studio avant de le proposer en live.
C’est au Vamacara Studio que nous avons profilé notre son live, HK connait bien le groupe car il nous arrive régulièrement de bosser ensemble, du coup c’était pratique.

7- En dehors de la musique, as-tu des passions (mise à part ta ville : MARSEILLE) ?

Oui, la chasse sous-marine, et le sport en général.
Je suis quasiment l’actualité de tous les sports.
Quant à la chasse sous-marine, ce n’est pas tant le plaisir de tuer qui m’intéresse, mais le moyen de se procurer de la protéine animale avec le maximum de respect.
En effet, la chasse sous-marine se pratique en apnée (donc en infériorité physique face à la proie), l’arme utilisée est un harpon (portée très courte), il n’y a pas de leurre ou de piège pour tromper la proie, et il est possible de sélectionner sa prise (sa taille, son sexe), pas comme avec un filet ou une ligne par exemple.
je prend soin de tuer mes prises le plus rapidement possible, et je ne congèle rien, ce qui m’empêche donc de sur-pêcher par simple plaisir.
Par ailleurs je n’achète pas de poisson en supermarché, et croyez-moi c’est plus compliqué d’attraper un poisson en plein hiver quand l’eau est à 14 que d’aller chez le poissonier.
Je ne serai jamais vegan, et malgré cette passion, je suis conscient de la cause animale.

8- La première chose que tu fais en rentrant de tournée?

Je défait mes valises, je prends une douche, et je profite de ma famille.

9- Nous sommes ravis de vous accueillir les 25, 26 et 27 Janvier 2019 dans le cadre des formations THE STUDIO EXPERIENCE. Ca n’est pas un exercice commun pour un groupe, pourquoi avoir accepté ?

D’abord car HK est un vrai pote, et que nous sommes attentifs à son actu qui est toujours bouillonnante et menée à bien. Donc quand il propose un projet ou un service, on sait que ça va pas être du grand n’importe quoi.
Ensuite, le côté masterclass n’est pas une activité commune pour la plupart d’entre nous. Notre batteur, Nicolas Bastos, en a l’habitude, mais nous autres pas vraiment.
Il m’est arrivé de donner des conférences mais pas assez souvent pour être familiariser avec cet exercice.
L’occasion est donc trop belle pour la rater : sous la houlette d’un ami, l’occasion de prendre du temps avec notre public, et progresser dans un aspect de notre métier.
Que demander de plus ?
En plus, nous avons déjà bosser online avec le Vamacara Studio pour quelques pré-prods (voire même quelques sorties), donc ce sera l’occasion pour le groupe d’investir les lieux pour de bon.
Banzai !!

10- Tu as travaillé avec tous les plus grands producteurs metal (Tue Madsen, Logan Mader, Jacob Hansen…). Quelle est ta vision sur leurs façons de travailler et pourquoi préférer un producteur étranger?

Et n’oublions pas Dave Chang !!
J’ai en effet eu cette chance. Chacun d’entre aux m’a appris quelque chose, que ce soit techniquement ou dans la philosophie, ou les deux.
Si chacun avait sa méthode de travail, ses petites recettes et astuces, tous m’ont appris à forger ma propre idée du son. Je crois que c’est aujourd’hui ce qui m’importe le plus avant de faire mixer un album de Dagoba.
Plus que de savoir si l’album va sonner gros, ou plutôt comme tel groupe ou tel autre, je veux savoir si le mec est capable de mettre en valeur les compos telles qu’elles lui sont proposées.
Si le but principal d’une chanson est d’en foutre plein la gueule, alors la course au gros son est légitime, si l’essence d’une autre est d’être tout en fragilité, en dynamique, alors c’est un autre discours, autre chose qu’il faut proposer.
Le fait que tout nos mixers sont étrangers est vraiment une coincidence.
En fait, nous choisissons systématiquement un ingé-son qui nous ait prouvé de par sa discographie qu’il ait déjà mixé un projet comme Dagoba. C’est à dire, un groupe avec de la double grosse caisse parfois à tempo élevé, des guitares saturées et des pistes orchestrales et/ou electro.
Ce n’est pas du tout le même exercice que de mixer un groupe traditionnel (sans ajout particulier de machines).
Ensuite quand nous avons fait notre short list, nous nous dirigeons vers celui qui semble le plus motivé par son discours, et qui est le plus raccord avec nous de l’idée que nous faisons de l’album.

11- Merci à toi pour ton temps ! Nous avons hâte de t’accueillir avec DAGOBA en Janvier prochain ! Le mot de la fin est pour toi !

Merci pour votre confiance et votre soutien, on se retrouve très bientôt !!
Prenez soin de vous.