LUCAS D’ANGELO

1- Bonjour, et tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Entrons dans le vif du sujet : Connais tu TSE ou en as-tu entendu parler ? (T’as le droit de répondre que non ) Si oui qu’en penses-tu ?

Bonjour , merci à vous de vous intéresser à mon travail ! J’ai eu l’immense plaisir de participer à une des premières sessions TSE avec mon ancien groupe , Betraying The Martyrs . HK est un amour en plus d’être un excellent ingénieur du son , et très pédagogue ! On manquait cruellement de formations de ce genre en France , centrée sur ce genre de musique et sur une expérience pratique , avec un « vrai » groupe à enregistrer et mixer , donc un immense bravo à toute l’équipe de TSE pour avoir rendu cela possible ! L’édition a laquelle j’ai participé était une vraie réussite et les suivantes ont sans aucun doute été encore meilleures !

2- Pour commencer comment as-tu découvert le Metal. Quelles ont été les grandes lignes de ton rapport à cette musique depuis ?

Je suis né en 1990 , j’ai donc été dans les années 2000 frappé de plein fouet par la vague Neo Métal ! Baptiste Vigier (guitariste de Betraying The Martyrs) et moi sommes potes depuis l’école primaire …. Un beau jour on est tous les deux rentrés de vacances , lui avait découvert « Follow The Leaders » de Korn , et moi « Hybrid Theory » de Linkin Park , et c’est la que tout à commencé …. Bien sur par la suite j’ai découvert les « Classiques » , écouté énormément de Metallica , Iron Maiden etc , puis des choses plus extrêmes , puis la vague Metalcore est survenue … Ce qui est sur c’est que mon rapport à la musique a toujours été centré sur le son , et c’est sans aucun doute cet amour pour le métal qui m’a mis sur cette voie qui m’a donné envie de comprendre pourquoi j’entendais ce que j’entendais , ce mur de son , cette impression de puissance énorme qui va de pair avec cette musique . J’ai depuis beaucoup élargi mes horizons et à vrai dire je m’intéresse à d’autres genres de musique bien plus qu’au métal , mais ca a été sans aucun doute le terreau de ma passion pour le travail du son . 3- Peux-tu nous parler de ton expérience en tant que musicien. Ton parcours tout d’abord, mais aussi les expériences importantes dans la compréhension de ton instrument, du travail de groupe ou de composition, etc… Je suis issu d’une famille de musiciens , j’ai donc commencé le solfège et le piano très tôt , à 4 ans . Mais à vrai dire ça ne me plaisait pas tant que ça , et vers 12-13 ans (quand j’ai enfin pu convaincre mes parents) j’ai arrêté ! Sauf que évidemment , a peine un au ou deux plus tard , comme j’expliquais plus haut , Baptiste et moi avons soudain découvert le métal , et tout à basculé … A force d’écouter des disques , de s’intéresser à tout ce nouvel univers , lire des magazines sur le sujet etc , on en est très vite venus a vouloir monter un groupe . Je crois que le métal est un genre qui pousse beaucoup les gens a vouloir prendre un instrument et en jouer , à monter sur scène . Sauf qu’on ne savait pas du tout jouer à l’époque ! On a donc littéralement commencé a apprendre la guitare pour pouvoir monter un groupe , qui deviendra notre premier projet , « Black Curtains » . Des années plus tard , Baptiste rejoint BTM (en parallèle de Black Curtains ) , pour qui je travaillerais en tant qu’ingénieur du son live ! A la suite du départ de l’autre guitariste je prendrais naturellement la place vu que je jouais déjà avec Baptiste depuis toujours . Pour ce qui est des expériences importantes dans la compréhension de l’instrument et du travail de groupe , il n’y a pas de raccourcis ni de recettes magiques … Seuls le temps et l’expérience font leur travail . Il faut répéter comme des forcenés , faire des centaines et des centaines concerts , enregistrer , faire des erreurs …. La seule chose que j’ajouterais , c’est qu’il faut toujours garder une oreille attentive et un esprit ouvert . Ne pas s’enfermer dans des convictions , des idées préconçues sur les instruments , les styles, les techniques … Il y a toujours quelque chose à apprendre dans toute situation !

4- A quel moment as-tu commencé à t’intéresser au son et au côté technique de la restitution sonore ?

Cela s’est-il fait « naturellement » par exemple ou plutôt une fois confronté à certaines difficultés (trouver des studios compétents par exemple). C’est arrivé très vite , je pense que j’ai du enregistrer mes premières démos à l’age de 14 ans ! Un peu comme tout le monde , je voulais garder une trace des premières compos , et puis je me suis rendu compte que mes enregistrements n’allaient pas du tout , alors j’ai voulu comprendre pourquoi . De plus , à cause de ma famille de musiciens , j’étais souvent en studio avec mon père et je trouvais tout ce matériel fascinant , je voulais comprendre ! Ce qui est fou c’est qu’a force de tout faire tout seul , je ne suis presque jamais allé enregistrer un disque en studio avec un autre ingénieur que moi.

La toute première fois était pour l’enregistrement de « The Resilient » de Betraying The Martyrs en 2016 avec Justin Hill ! Avant ça j’avais toujours enregistré tous les disques de tous mes groupes seuls … (à l’exception de quelques séances de voix sur un album précédent)

5- Avec le recul et l’expérience qui est tienne, quels conseils simples pourras-tu donner à un groupe qui veut mieux sonner ou même produire son propre album ?

Prenez le temps de travail d’instrument et de répétitions que vous estimez nécessaire . Puis multipliez le par 4 (au moins ) . Enregistrez un maximum , on a la chance de vivre à une époque ou il est très facile de faire des démos d’excellente facture , on a des outils hallucinants … Donc exercez votre oreille critique écoutez vos démos , écoutez vos disques préférés , essayez de comprendre ou se situe la différence . C’est un processus douloureux mais indispensable !

6- On constate tous les incessants débats pour ou contre le numérique/le mix ITB/la simu d’amplis, etc… Dans cette optique je préfère te poser une question un peu différente : Pour toi quels sont les outils à éviter (s’il y en a) pour obtenir un bon mix ou les erreurs à n’absolument pas commettre ?

Je vais être très clair : Il n’y a ZERO règles . La seule chose qui compte c’est le morceau , et l’émotion qui est transmise à l’auditeurs à travers les deux hauts parleurs . Tout ce qu’il y a entre les deux n’a absolument aucune importance , ce ne sont que des outils . J’adore certain disques qui sont très produits , et d’autres qui sont très bruts .

7- Quel est le producteur/ingé son qui te bluffe le plus et pourquoi ?

Il y en a trop pour les citer … Si on parle purement de métal , Colin Richardson reste un de mes favoris , ses productions allient une puissance très moderne avec un son très brut et organique . Je ne me suis toujours pas remis de « Evangelion » de Behemoth ….

8- Pour finir, pour nos lecteurs qui ne connaissent pas encore ton travail, quelles sont les prods sur lesquelles tu es le plus fier de ton travail et pourquoi ?

Je pense qu’un de mes meilleurs exemples de mix est « The Resilient » de mon ancien groupe , « Betraying The Martyrs » . C’est le premier album pour lequel je ne me suis pas chargé de l’enregistrement , et donc j’ai pu me concentrer sur le mix avec des oreilles fraiches , et suis encore aujourdhui très fier du résultat . J’ai de nombreux projets très excitants qui devraient sortir au cours de cette année , notamment le disque de « Grey Daze » (ancien groupe de feu Chester Bennington de Linkin Park ) sur lequel j’ai eu l’immense honneur de recréer des productions autour de voix enregistrées entre 1993 et 1997 Par Chester Bennington , avec plein de guest prestigieux comme les guitaristes de Korn et bien d’autres …. C’est un projet fou qui compte énormément pour moi et j’ai hâte que les gens puissent l’entendre !

Propos recueillis par FABIEN LONGEOT