CAMILLE BECHET [ ingé son live ]

Entre deux balances Camille s’est prêté au jeu des questions/réponses de THE STUDIO EXPERIENCE ! Une interview d’ingé son à ingé son pour apprendre et connaître le métier du live avec un export du genre rock/metal.

Bonne lecture !

1- Salut Camille ! Merci de nous accorder un peu de temps durant ta tournée ! Peux–tu te présenter?

Salut ! Je m’appelle Camille Bechet , je bosse dans l’audio depuis 2009 , j’ai commencé avec un cursus de technicien son à l’INFA en alternance puis j’ai bossé en événementiel / concert pour différentes boites de prestation en région parisienne jusqu’en 2013 avant de me retrouver catapulté en tournée un peu par hasard avec AS THEY BURN .

Apres cela mon activité c’est intensifiée dans ce milieu jusqu’à devenir 90% de
mon travail à l’heure actuelle. Depuis 2016 je passe entre 6 et 8 mois par an sur la route principalement en FOH ( front of house / mixeur face ) et parfois en MON
( monitors / mixeur retour ) .

2- Ton métier d’ingé son live t’emmène aux quatre coins du monde. Quel est le pays que tu affectionnes le plus et pourquoi? Professionnellement parlant, y a-t-il des pays où techniquement ça se passe mieux?

C’est vraiment une question difficile, il y a des tendances pour certains pays mais j’ai eu de très bonnes comme de très mauvaises expériences a peu prés partout.

Techniquement on voit une très grosse différence entre les pays qui ont un soutien au niveau culturel de l’Etat tels que les Pays Bas, ou les réseau de smac en France et ceux où ça n’est pas le cas.
Dans le style ou j’officie ( metal / metalcore / rock alternatif ) c’est majoritairement de la tournée de club et du coup en terme de qualification du personnel de qualité d’accueil et de matériel on voit une différence énorme entre ,par exemple, l’Angleterre où tout est privé et fait à l’économie et des salles subventionnées à jauge identique. De manière générale certains pays ont une tradition “d’accueil” plus développée que d’autres, comme l’Allemagne ou la Scandinavie. Personnellement j’aime beaucoup l’Allemagne et les pays de l’Est où la plupart des salles de concert sont d’anciens bâtiments soviétiques, ça donne un cachet et une personnalité aux lieux. La Suisse est un cas a part aussi. La qualité des équipements est  impressionnante là-bas. J’imagine que c’est dû au niveau de vie qui est clairement plus élevé que dans le reste de l’Europe.

3- Etre tout le temps sur la route doit amener son lot de bons et mauvais moments. Mais parlons uniquement des bons ! Quel est ton meilleur souvenir avec un des groupes que tu as pu accompagner?

Encore une question pas facile ! Faudrait déjà que je me rappelle de tout et c’est très loin d’être le cas ! Je pense que si je devais en choisir un c’est le moment où on a pris la route pour la tournée européenne d’AS THEY BURN . Etre dans le van et me dire :  “ça y est , je pars en tournée un mois a travers l’Europe avec un groupe de metal”. C’était une tournée en van dans des conditions pas facile et pourtant je n’en garde aucun mauvais souvenir.

4- Comment envisages-tu ton job en live? As-tu des habitudes ou des “trucs” que tu aimes utiliser?

Pour moi mon job est de transmettre la musique au public via des moyens techniques.
Je compare souvent ça au job d’un modéliste en couture. L’artiste arrive avec une idée et c’est mon boulot de donner quelque chose de concret au public. La première chose à faire est de comprendre l’identité musicale de l’artiste. C’est pour ça que parfois ça ne marchera pas entre un groupe et un sondier, même très bon, si ils ne s’accordent pas sur la vision finale.

La première chose que je fais quand je bosse avec un groupe c’est de travailler le son plateau. Si le son plateau est bon c’est 75% du travail de fait. Je passe parfois plus de temps dessus que sur le mix en lui-même, spécialement en début de tournée. Ensuite le calage du système de la salle est une autre étape ultra importante.
Attaquer un mix sur un système pas calé n’a pas de sens pour moi. Après je ne suis pas ingé système donc j’ai un niveau limité là-dessus mais je fais attention à ce que la phase du système soit correcte et je travaille la réponse en fréquence de mon système avec les outils a disposition ( param / 31bandes / remote systeme / etc… ).

Une fois que c’est fait, et avant d’attaquer le mix en lui-même, je fais attention à avoir un gain staging cohérent, pour moi c’est une étape extrêmement importante.

Je n’ai pas vraiment de trucs ou habitudes récurrents, je tourne rarement avec ma propre console du coup je suis flexible car je rencontre vraiment de tout en tournée , de la 01v aux nouvelles ssl en passant par de l’analo de plus ou moins bonne qualité et du coup je vais organiser mon mix complètement différemment selon la bécane et de la jauge .

5- Mixer en live des groupes avec samples et autres orchestrations ne doit pas être évident. Comment traites-tu ces éléments dans ton mix?

C’est une très bonne question, des samples et orchestrations mixées dans un protools ou un ableton vont sonner extrêmement différemment lorsqu’ils seront envoyés dans une diff de salle, très souvent il y a de gros problèmes dynamiques et fréquentiels.

La solution maîtresse est de faire une résidence dans une salle décemment équipée et de passer chaque sample a la loupe et de le travailler individuellement à la source jusqu’à obtenir un ensemble cohérent qui s’intégrera dans le mix. Quand je n’ai pas l’occasion de faire ça je rattrape comme je peux à l’eq et au comp mais c’est vraiment du bricolage, c’est IMPÉRATIF de travailler ses samples en amont. Ce qui sonne au casque ou sur des écoutes de studio n’aura rien a voir dans une salle.

On a passé des heures et des heures par exemple avec Victor de BETRAYING THE MARTYRS à écouter chaque patch de synthé et a directement les traiter sur sa session de logic.

6- Quelle est la première erreur que les apprentis ingés son font en live? Quel serait le conseil à leur apporter pour éviter ça?

Se jeter directement dans le mix et en faire trop. Faut oublier la console au début. Ecouter son son plateau. Travailler ses placement de micro. Ecouter le système. Et seulement après rentrer dans le mix.

Ça n’a pas de sens de commencer par égaliser et compresser un signal alors que de dire aux gars de se baisser et bouger un micro réglerait le problème. Et bosser au maximum en négatif pour tout ce qui est eq surtout sur le digital.

Aussi quand on fait les retours depuis la face, se forcer à faire les deux en même temps. C’est un coup classique de faire une face qui marche puis ensuite attaquer les retours et avoir sa face ruinée par la repisse des retours. Plus la salle est petite plus c’est vrai, mais mime dans des salles de 1000/2000 personnes j’ai pas voir des retour foutre en l’air une face !

7- Allez, on ne peut pas resister à te poser la question… Masterises-tu en live?

Quand je me sens confortable et que j’ai des outils que je connais oui. Mais j’y vais léger , ça a un potentiel destructeur assez énorme (rires) du coup je fais attention à ne pas prendre trop de risque. Si je tourne avec ma console et un rack d’outboard avec des balances tous les jours définitivement je peux masteriser en live. En revanche dans le cas d’un festival où j’ai 20 minutes de line check et du matériel avec lequel je ne suis pas super familier j’évite car je risque de faire plus de mal que de bien, et on n’a pas de deuxième chance ou d’essai en live !

8- Quels sont les prochains groupes avec qui tu vas tourner?

Je suis actuellement en tournée avec PALAYE ROYALE , un groupe d’indie rock de Toronto signé chez Sumerian records j’enchaîne ensuite avec le NEVER SAY DIE au retours pour BEING AS AN OCEAN et sûrement à la face pour un autre groupe sur la tournée puis je rejoins BETRAYING THE MARTYRS à la face pour leur tournée européenne avec AUGUST BURNS RED jusqu’à mi décembre.

9- Est-ce que les groupes avec qui tu bosses t’incluent dans le process de production studio? Vu que tu connais leur son en live cela peut être un atout supplémentaire !

Dans le cas de BETRAYING THE MARTYRS j’ai assisté au recording de THE RESILIENT mais dire que j’ai participé serait un bien grand mot. Je devais participer aux prises drum de l’album qu’ils enregistrent actuellement pour justement les raisons que tu évoquais dans ta question mais ça n’a pas pu se faire finalement pour des problèmes d’agenda.

10- Merci pour ton temps si précieux. Le mot de la fin est pour toi !

Merci a toi ! Je dirais pour finir qu’il n’y a pas de “bonnes manières ” de bosser, faut trouver ce qui nous est confortables et ce qui sonne !

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Camille collabore avec :
The faceless / the word alive / I see stars / dying fétus / psycroptic / as they burn / betraying the martyrs / novelists / kadinja / Atlantis chronicles / palaye royale / being as an ocean

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