BORIS LE GAL [ BETRAYING THE MARTYRS ]

1- Salut Boris ! Ton parcours est assez impressionnant pour un batteur venu tout droit des côtes bretonnes. Peux-tu nous en dire plus ?

Bonjour et merci du compliment. J’ai commencer à prendre des cours de musique classique pendant 3 ans, j’ai ensuite arrêté pour me concentrer sur mes groupes de metal qui étaient Bumbklaat et RAZ à l’époque. J’ai ressenti une envie d’apprendre plus de mon instrument en 2004 et je suis donc allé dans une école de Jazz qui était Dante Agostini à Nantes pendant 4 ans et je me suis servi de tout ce parcours et de ces connaissances acquises pour aller a la Drumtech de Londres en 2008 pour un cursus intensif d’un an.

J’ai passé 10 ans a Londres et j’ai pu jouer pour des groupes tel que Chimp Spanner (UK), NeonFly (UK), Periphery (US), The Algorithm (FR) et bien d’autres. Je suis devenu le batteur de Betraying The Martyrs (FR) en 2015 après avoir joué pendant 2 ans en tant que session avec eux.

2- Pour avoir eu le plaisir de t’accueillir à la première édition de THE STUDIO EXPERIENCE avec BETRAYING THE MARTYRS nous avons pu voir quel batteur précis et punchy tu étais. As-tu travaillé spécifiquement ce type de jeu ? As-tu des exercices réguliers que tu pratiques ?

Oui j’ai particulièrement bossé ma précision à travailler et à jouer avec un clic quasiment tout le temps, je dit souvent à mes élèves que le clic est leur meilleur amis (rires) !
De nos jours, quand tu veux devenir un batteur de session, il faut être prêt a jouer au clic avec des samplers car la majeur partie des groupes modernes utilisent ce genre de système en live. Je ne dis pas tout le monde car cela dépend du style de musique aussi mais dans le monde du metal en tout cas ceci est très répandu.

Je ne pratique plus trop “d’exercices traditionnels” quotidiennement mais je peux vous donner une méthode que vous pouvez appliquer sur chaque exercices quand vous travaillez la précision avec un clic. En gros le but du jeu est de réussir à faire disparaître le clic quand tu joues en même temps. Lorsque je joue et que j’entends encore le clic, cela veut dire que je ne suis pas vraiment sur le temps. C’est un de mes profs à la Drumtech qui nous avait démontré ça et j’avais été bluffé, il jouait un exercice parfaitement et on n’entendait plus le clic dans la classe et dès qu’il faisait exprès de se décaler légèrement, là on ré-entendait le clic.

3- Ton approche de la batterie est très consciencieuse. Comment prépares tu tes sessions d’enregistrement en studio ?

La Drumtech, principalement, m’a appris comment apprendre des morceaux et écrire des partitions rapidement pour être capable de tout jouer quand on t’appelle à la dernière minute pour un remplacement ou autre.
La technique que j’utilise est dans un 1er temps ne pas prendre les baguettes et juste écouter le titre, je vais ensuite écrire la structure du morceau en 1er et en 2eme je vais identifier les parties où je dois vraiment écrire une partition car il y a des patterns trop compliqués pour s’en souvenir rapidement. Ce n’est qu’une fois ce travail effectué ou je vais aller sur ma batterie pour pouvoir jouer le morceau normalement sans accrocs. Petite anecdote, quand Periphery m’ont appelé pour remplacer Matt Halpern pour une tournée ils m’ont donné 6 jours pour apprendre le set. Sans cette méthode et le fait de pouvoir lire mes partitions sur scène je n’aurais pas pu accepter cette session par exemple car il y a beaucoup de parties difficiles à mémoriser dans Periphery.

4- Quel type de matériel utilises-tu et pourquoi ?

J’ai le privilège d’être endorsé en tant qu’artiste international par Zildjian et j’ai donc l’honneur de jouer sur les meilleurs cymbales du monde. Je joue sur un set de K Custom Dark que j’apprécie énormément en ce moment. Pour les baguettes je suis chez Vater et j’utilise soit les Session soit les 5A classique. Je suis endorsé par Evans pour les peaux et pour avoir le meilleur de ma batterie j’utilise les G2 sur les toms, EQ3 pour la grosse caisse et la peau de caisse claire Hybrid pour le live. Je suis toujours à la recherche d’un endorsement de batterie solide mais pour le moment j’ai une Crush Drums en érable et frêne qui est très bien pour le live.

5- Beaucoup de musiciens rêvent de partir, comme toi, sur les routes du monde entier pour jouer leur musique. Quels conseils pourrais-tu leur donner pour y parvenir ?

Être sur la route fait rêver beaucoup de monde et c’est vrai que c’est hyper cool de partager ces moments avec le public mais pour en faire son métier il faut vraiment avoir un moral d’acier car cela peut être usant quand tu es sur la route plus de la moitié de l’année. Sans mentionner l’aspect financier qui peut être très compliquer quand tu débutes.

6- Es-tu un habitué de la MAO ? Si oui comment t’en sers tu ?

Je ne suis pas très doué pour la MAO non, j’utilise Logic et Superior drummer de chez Toontrack pour pourvoir enregistrer des démos de batterie mais mes compétences sont limitées sur le sujet.

7- BETRAYING THE MARTYRS est rentré en studio il y a peu de temps pour donner naissance à son 4eme album. Peux-tu nous en dire plus sur le processus de preproduction?

Pour cet album nous avons opté pour une approche différente de ce qu’on avait fait pour The Resilient, l’album précédent. Cette fois-ci nous sommes allés s’enfermer dans un studio à la campagne avec rien autour pendant 2 semaines en se disant qu’il serait bien d’en sortir 10 morceaux. Nous avions 2 setups, 1 acoustique où on jammait des idées et 1 setup électronique où on enregistrait les idées. On a réussi a avoir 10 morceaux et on sent l’approche plus spontanée et plus lourd sur l’écoute de cette album en général.

Nous allons jouer un nouveaux titres en live sur notre prochaine tournée en support de August Burns Red du 14 Novembre au 16 décembre en Europe.

8- La question qui intéresse tous les batteurs : 300bpm ou un bon 150bpm qui tabasse ?

150 bpm qui tabasse any day.

9- Ton pire moment en live ?

C’était cet été a un festival en Suisse où on jouait après Cannibal Corpse. En gros on a eu notre laptop/samplers qui a coupé pendant l’intro, deux fois, donc on a dû sortir de scène, deux fois, et nous n’avons pas pu jouer le set avec les samplers au final…

10- As-tu un drum kit différent pour le live et pour le studio ? Si oui pourquoi ?

Oui car mon kit est très bien avec un son très perçant et précis pour le live mais il va manquer un peu de chaleur et de rondeur dans le bas pour le studio. J’ai utilisé une Tama Starclassic Maple pour l’enregistrement de notre 4eme album et j’ai adoré ce kit.

12- Et… Le mot de la fin !

Merci à TSE et à vous qui avez lu cette interview jusqu’à la fin (rires) !

Question bonus : quel est ton sentiment sur les formations dispensées par THE STUDIO EXPERIENCE ?

Je trouve ça vraiment intéressant et ce sera bénéfique pour tous ceux qui iront s’inscrire et participeront a ces formations.

JULIEN [ BENIGHTED ]

BENIGHTED est connu pour leur brutalité implacable. Et pourtant le groupe est composé de musiciens disponibles et d’une gentillesse à toute épreuve. Après leur participation à la 3ème édition de THE STUDIO EXPERIENCE, où le groupe y a enregistré et produit un nouveau titre, Julien (chant) répond à quelques questions posées par notre équipe !

1- Salut Julien ! C’était vraiment une édition à part pour nous. Déjà parce qu’il y a une histoire de copain derrière tout ça mais aussi parce que c’était la première fois que nous accueillions un groupe de Grind/Death. Style à part dans la technique de production metal.
Peux-tu nous dire comment tu as vécu cette expérience ?

Salut ! Oui, c’était une grande première et ça a été une super expérience pour nous ! Le concept est super novateur et nous a tout de suite branchés quand TSE nous l’a proposé ! On a pour habitude d’enregistrer au Kohlekeller Studio en Allemagne depuis des années avec Benighted et changer un peu nos habitudes et découvrir une autre façon de travailler ne pouvait être qu’enrichissante. Bien sûr, le fait que je connaisse HK depuis de nombreuses années maintenant a beaucoup facilité les choses et tout s’est déroulé dans une super bonne ambiance, et je crois que cette ambiance a beaucoup favorisé l’échange riche qu’il y a eu entre les participants, HK et nous sur ce qu’était un enregistrement studio. De façon plus personnelle, je me suis beaucoup amusé aux prises chant et j’en garde vraiment un super souvenir !

2- BENIGHTED joue à des niveaux très élevés. On a pu voir l’aisance assez déconcertante avec laquelle Kevin Paradis (batterie) a enregistré le titre inédit. Vous n’avez jamais pensé à lever le pied ?

Avoir Kévin à nos côtés est un atout extraordinaire pour expérimenter tout ce qu’on aime dans la brutalité, le groove, la vitesse et même d’autres styles musicaux. C’est une telle machine et il travaille tellement son instrument qu’il repousse sans cesse ses propres limites ! C’est sûr que le voir en studio enregistrer un titre tel que « The Rope » qui est si intense et demande beaucoup d’endurance mais aussi de feeling, est impressionnant ! Si on se rend compte parfois en concert que pour des groupes extrêmes, il y a surement eu « un petit coup de pouce » au moment de l’editing des parties batterie, les gens présents ont pu voir que c’est un monstre derrière les fûts et qu’il fait du « one shot » pour ses prises. Pour moi, c’est de loin le meilleur batteur d’extrême hexagonal de nos jours.

3- En parlant de pied. Pourquoi les pieds nus sur scène ?

Ah ah ! C’est une sorte d’habitude que j’ai prise, d’une part parce que je me sens beaucoup plus animal comme ça et que ça m’aide à donner encore plus sur scène, et d’autre part parce que je sens les vibrations de la grosse caisse sous mes pieds et j’adore ça !

4- BENIGHTED n’est pas un groupe professionnel dans le sens où vous ne gagnez pas votre vie avec l’activité du groupe. Pourquoi ce choix et surtout comment gérez-vous le quotidien pour vous libérez du temps et partir en tournée ?

Oui, Benighted n’a jamais eu vocation à devenir notre gagne-pain depuis qu’on l’a monté en 1998 avec Olivier. Cela nous a toujours aidé à garder notre intégrité et le fait que Benighted reste une passion, avec des membres motivés pour faire avancer le groupe et pas rester juste pour toucher un chèque en fin de concert. Le prix de ce choix c’est le temps bien sûr car Benighted est très chronophage et demande énormément de temps personnel, si bien que presque toutes nos vacances passent dans les concerts ! Mais on ne va pas se plaindre, on a une chance extraordinaire de vivre ce qu’on vit !

5- Il y a un certain engouement autour du groupe depuis Asylum Cave. Les concerts s’enchaînent, les propositions aussi. Penses-tu que BENIGHTED a trouvé son rythme de croisière ? Le line-up joue-t-il dans tout ça ?

« Asylum Cave » est un album qui nous a fait prendre une vraie envergure internationale, de pair avec la signature chez Season of Mist qui a représenté un grand pas dans la carrière du groupe. C’est également à cette période qu’on a beaucoup travaillé sur le professionnalisme avec lequel on voulait gérer les choses, que ce soit pour le live, les enregistrements studio et la gestion quotidienne du groupe.

6- Chez TSE nous avons la sensation que l’image de la France dans le milieu metal « on est à la bourre et on ne sait pas en faire » est en train de complètement disparaître. Entre Gojira, le Hellfest, TwoNotes (et beaucoup d’autres exemples !), on dirait que la « French rock touch » trouve enfin sa place dans la scène internationale. Quel est ton sentiment là-dessus toi qui tourne beaucoup à l’étranger ?

Je suis complètement d’accord ! Grâce à des groupes comme Gojira, on a eu une vraie crédibilité à l’extérieur ! Les groupes en France ont malheureusement beaucoup souffert à une époque de la réputation de ne faire que « suivre » les gros groupes qui marchent qu’ils soient américains ou scandinaves… Mais ça fait maintenant un bon moment que les groupes français proposent une musique personnelle, avec une vraie identité ! Pour ma part, quand je tourne à l’étranger, je ne constate plus du tout ce côté « ah bon ? Vous êtes français ? Y a des bons groupes en France ? ». Ah ah !

7- Plutôt plancha ou barbecue ?

Les deux tant qu’il y a de la viande à mettre dessus, mon capitaine !

8- 20 ans que BENIGHTED est en place. Une bien belle carrière menée avec bonne humeur et détermination. Mais si c’était à refaire ?

Je ne changerais absolument rien… je suis très fier du chemin parcouru, de toutes les aventures fortes que j’ai pu vivre avec mes camarades, à quelque période que ce soit et malgré toutes les difficultés que peut rencontrer un groupe. Je suis également très fier de ne jamais avoir suivi les modes, que Benighted ait eu son identité propre et suivi sa propre évolution sans se laisser corrompre et en restant fidèle et respectueux envers nos fans. Notre état d’esprit n’a jamais changé et on est toujours heureux de tous les moments qu’on passe avec les gens venus nous voir sur et en dehors de scène, et tous les groupes géniaux avec qui on a pu partager l’affiche. On a toujours donné tout ce qu’on avait dans les tripes, avec notre énergie du moment, et en s’éclatant à fond ! Donc, non, je ne changerais rien.

9- Que penses-tu de la formule proposée par TSE ? Une formation pro en studio avec un groupe confirmé ?

Je trouve ça très intéressant tant pour les gens qui viennent se former au métier du son que pour ceux qui viennent juste voir leur groupe préféré enregistrer en conditions réelles. C’était également une expérience forte pour le groupe car enregistrer devant du monde n’est pas chose aisée pour tous et sortir de sa zone de confort est toujours un super outil pour avancer et progresser.

10- Le mot de la fin est pour toi ! Encore une immense merci pour votre participation et à bientôt !

Un énorme merci à HK pour la confiance qu’il nous a témoigné en nous faisant venir à TSE, merci bien sûr à tous ceux qui sont venus assister à cet enregistrent, au Batiskaf et bien sûr à toutes les personnes autour, technique, photos, vidéos qui ont été adorables et qu’on a hâte de recroiser sur la route ! Bonne continuation dans ce super projet !

SHAWTER [ DAGOBA ]

Shawter, chanteur et compositeur de DAGOBA s’est gentiment rendu disponible pour répondre à une série de questions qui vous éclairera un peu plus que sa vie de musicien ainsi que sur la méthode DAGOBA !

Bonne lecture !

1- Salut Shawter ! Etre la tête pensante d’un groupe tel que DAGOBA ne doit pas être de tout repos. Comment organises-tu ta vie autour de ton groupe?

Salut ! C’est clair qu’il ne faut pas compter le nombre d’heures, mais sur la durée je reste convaincu que c’est plus confortable d’avoir un métier-passion que d’aller à l’usine. Disons que les périodes de travail sont souvent très intenses, et si les dates de tournées sont fixées, les dates de compositions, d’arrangements, n’ont quant à elles pas de vraies limites dans le temps. Il est donc primordial en ce qui me concerne des périodes ou je ne fais rien qui touche à la musique, pour me ressourcer et simplement profiter de la vie telle qu’elle est, de ma famille et mes proches.
C’est assez compliqué car j’ai toujours un truc en tête qui me relie au groupe; une idée pour la pochette du futur album, ou un habillage scénique, un riff qui surgit pendant que je regarde la tv… mais bon, je ne suis plus du genre à me lever comme un fou au milieu de la nuit pour enregistrer une idée au studio. en général je note l’idée ou je la fredonne sur mon téléphone et je laisse mon entourage dormir tranquille !
Au niveau de l’organisation familiale, mon rythme de vie est assez particulier aussi, mais au final il est plutôt arrangeant pour toute la famille.
Malgré notre rythme de tournée soutenu, la plupart du temps pendant la semaine je suis là pour elle. Je peux ainsi pleinement profiter de mes gosses, les emmener à l’école, aller les chercher, ce qui n’est pas tout le temps possible quand on bosse au 35h/semaine malheureusement.
En ce qui concerne les loisirs, nous partons dès que nous le pouvons en vacances, c’est souvent hors saison, car l’été est la période des festivals pour le groupe.

2- Si je ne me trompe pas c’est toi qui compose la totalité des titres. Je suppose que tu es équipé en MAO. Qu’utilises-tu pour maquetter les titres?

C’est bien ça. Ce n’est pas un truc que j’ai mis en avant et souvent les gens qui l’apprennent sont étonnés. Mais c’est pourtant le cas depuis sept albums maintenant.
J’ai monté un home studio, très pratique pour maquetter et produire. La configuration est simple, efficace : protools / un pc assez puissant / un pré-amp et
quelques micros pour la voix / un kemper pour basse et guitare / un clavier maître pour diriger mes synthés virtuels / de bonnes enceintes monitoring.
Avec ça, j’arrive au résultat qui me convient, c’est pas l’Amérique, mais je m’en sors.
Je m’investirai sûrement dans le studio, le matos, le savoir-faire aussi, quand je ne serai plus actif scéniquement, mais pour le moment, j’ai besoin d’un système qui fonctionne pour ce que j’ai à faire.

3- Ta technique vocale est très impressionnante. As-tu pris des cours? As-tu des techniques pour garder ta voix concert après les concerts ?

Tout d’abord merci du compliment !
J’ai fait le Conservatoire durant mes années Fac. Alors ça consistait pas vraiment à prendre des cours de chant : y’a une chorale, tu te places, on te file une partition, un pianiste donne le Do, et c’est parti ! C’était juste une option musicologie, donc rien de super sérieux. Mais ça m’intéressait beaucoup, du coup j’ai appris à lire une partition, à chanter avec, et surtout j’ai pu passer des heures à pratiquer le chant clair sans faire chier mes voisins.
L’idée dans une chorale, c’est que les chanteurs sont placés en fonction de leur tessiture. les basses sont entre basses, les tenors avec les tenors, etc, etc…
En gros comme mon but c’était de bosser pour progresser avec Dagoba plutôt que d’avoir une bonne note à la fin du cycle, j’ai pris le parti de me déplacer dans la chorale.
je suis parti des basses, pour aller vers le plus haut que ma voix le permettait.
Pour me faire des bases, ce fut une bonne école.
Pour ce qui est des growls, je me suis beaucoup inspiré de chanteur comme Phil Anselmo, David Vincent…Mais je suis toujours en train de parfaire ma technique.
Afin de ne pas trop se bousiller la voix après les concerts, je ne connais qu’une technique efficace : boire de l’eau, et dormir un max. Quand nous sommes en
tournée, je suis toujours le premier au lit, et le premier à râler quand on part trop tôt aussi. car j’ai vraiment besoin de repos.
Après, je ne suis pas un nazi de la condition physique, si le lendemain on a qu’une date, ou un day off, je fais comme tout le monde je bois un coup pour fêter le rock et l’amitié, et ça marche comme ça.

4- DAGOBA est un groupe réputé pour la puissance qu’il dégage en live. Préparez-vous les shows en résidence? Avez-vous une équipe technique dédiée?

En effet, nous avons pris l’habitude de mettre en place le show en résidence. C’est surtout pratique pour notre équipe technique, qui peut se focaliser sur le son, les lumières, les changements d’instruments, la scénographie.
Nous faisons en sorte de fidéliser notre équipe technique. Nous sommes très proche d’eux, à leur écoute, premièrement car c’est des amis, et ensuite car nous savons que faire tourner sans cesse une équipe technique n’est pas la meilleure chose à faire pour construire un show fiable et solide soir après soir.
Nos ingé-son et lumière, notre tourman, notre backliner, notre merch girl font parti de notre show, de notre confort, et donc de notre état d’esprit en montant sur scène.

5- Votre dernier album BLACK NOVA est une réussite. L’ajout de samples et autres beats emmène le groupe vers une identité musicale bien plus personnelle. Comment composes-tu toutes ces parties “keys”?

Sur mes 6 précédents albums, j’avais vraiment pour habitude de composer d’abord les riffs, puis les parties batteries, et ensuite j’ajoutais des layers de synthés, ou d’orchestration.
Mais pour Black Nova, il m’est arrivé de partir d’un synthé pour coller un riff dessus. Ou simplement de me servir d’un son qui me plaisait pour faire une transition entre deux parties.
Çà donne une dynamique toute autre à notre musique, et qui me plaît énormément.
Malheureusement je n’ai pas le niveau nécessaire pour jouer toutes ces parties au piano, donc je les écrit en midi. Avec l’expérience je suis devenu une vraie machine pour faire ça, du coup ça me prend pas trop de temps d’exécution.
Je suis boulimique de synthés virtuels, toujours à la recherche de nouveautés (ou d’anciennetés d’ailleurs), je lorgne beaucoup du côté de l’electro depuis quelques années, et il m’arrive de zoner sur les forums spécialisés pour savoir quel Dj utilise quel matos, etc… Du coup, je commence à en avoir un bon paquet, et il m’arrive de passer des journées à organiser mes sons, à les classer.
“celui-ci pourrait me servir pour tel type de chanson, celui-là pour une transition…” etc…
Ce n’est pas vraiment de la composition, mais au moins quand je me lance, je sais ou chercher pour que ça avance en souplesse.

6- Chez THE STUDIO EXPERIENCE nous sommes convaincus que l’avenir est avec des machines telles que le KEMPER. DAGOBA joue également dessus. Pourquoi ce choix et comment avez-vous travaillé le son live du groupe?

Nous sommes venu au Kemper pour plusieurs raisons : la première et que ça sonne terriblement bien. la seconde est que c’est très pratique. la troisième est que c’est facile à transporter.
Ça suffit clairement pour nous convaincre.
Nous préférons aujourd’hui nous trimbaler avec de la scénographie plutôt qu’avec des têtes d’amplis, des caissons, tout ça en double au cas ou ça nous lâche le soir du show…
Le Kemper c’est vraiment super pratique, fiable, et nous offre la possibilité de travailler notre son en studio avant de le proposer en live.
C’est au Vamacara Studio que nous avons profilé notre son live, HK connait bien le groupe car il nous arrive régulièrement de bosser ensemble, du coup c’était pratique.

7- En dehors de la musique, as-tu des passions (mise à part ta ville : MARSEILLE) ?

Oui, la chasse sous-marine, et le sport en général.
Je suis quasiment l’actualité de tous les sports.
Quant à la chasse sous-marine, ce n’est pas tant le plaisir de tuer qui m’intéresse, mais le moyen de se procurer de la protéine animale avec le maximum de respect.
En effet, la chasse sous-marine se pratique en apnée (donc en infériorité physique face à la proie), l’arme utilisée est un harpon (portée très courte), il n’y a pas de leurre ou de piège pour tromper la proie, et il est possible de sélectionner sa prise (sa taille, son sexe), pas comme avec un filet ou une ligne par exemple.
je prend soin de tuer mes prises le plus rapidement possible, et je ne congèle rien, ce qui m’empêche donc de sur-pêcher par simple plaisir.
Par ailleurs je n’achète pas de poisson en supermarché, et croyez-moi c’est plus compliqué d’attraper un poisson en plein hiver quand l’eau est à 14 que d’aller chez le poissonier.
Je ne serai jamais vegan, et malgré cette passion, je suis conscient de la cause animale.

8- La première chose que tu fais en rentrant de tournée?

Je défait mes valises, je prends une douche, et je profite de ma famille.

9- Nous sommes ravis de vous accueillir les 25, 26 et 27 Janvier 2019 dans le cadre des formations THE STUDIO EXPERIENCE. Ca n’est pas un exercice commun pour un groupe, pourquoi avoir accepté ?

D’abord car HK est un vrai pote, et que nous sommes attentifs à son actu qui est toujours bouillonnante et menée à bien. Donc quand il propose un projet ou un service, on sait que ça va pas être du grand n’importe quoi.
Ensuite, le côté masterclass n’est pas une activité commune pour la plupart d’entre nous. Notre batteur, Nicolas Bastos, en a l’habitude, mais nous autres pas vraiment.
Il m’est arrivé de donner des conférences mais pas assez souvent pour être familiariser avec cet exercice.
L’occasion est donc trop belle pour la rater : sous la houlette d’un ami, l’occasion de prendre du temps avec notre public, et progresser dans un aspect de notre métier.
Que demander de plus ?
En plus, nous avons déjà bosser online avec le Vamacara Studio pour quelques pré-prods (voire même quelques sorties), donc ce sera l’occasion pour le groupe d’investir les lieux pour de bon.
Banzai !!

10- Tu as travaillé avec tous les plus grands producteurs metal (Tue Madsen, Logan Mader, Jacob Hansen…). Quelle est ta vision sur leurs façons de travailler et pourquoi préférer un producteur étranger?

Et n’oublions pas Dave Chang !!
J’ai en effet eu cette chance. Chacun d’entre aux m’a appris quelque chose, que ce soit techniquement ou dans la philosophie, ou les deux.
Si chacun avait sa méthode de travail, ses petites recettes et astuces, tous m’ont appris à forger ma propre idée du son. Je crois que c’est aujourd’hui ce qui m’importe le plus avant de faire mixer un album de Dagoba.
Plus que de savoir si l’album va sonner gros, ou plutôt comme tel groupe ou tel autre, je veux savoir si le mec est capable de mettre en valeur les compos telles qu’elles lui sont proposées.
Si le but principal d’une chanson est d’en foutre plein la gueule, alors la course au gros son est légitime, si l’essence d’une autre est d’être tout en fragilité, en dynamique, alors c’est un autre discours, autre chose qu’il faut proposer.
Le fait que tout nos mixers sont étrangers est vraiment une coincidence.
En fait, nous choisissons systématiquement un ingé-son qui nous ait prouvé de par sa discographie qu’il ait déjà mixé un projet comme Dagoba. C’est à dire, un groupe avec de la double grosse caisse parfois à tempo élevé, des guitares saturées et des pistes orchestrales et/ou electro.
Ce n’est pas du tout le même exercice que de mixer un groupe traditionnel (sans ajout particulier de machines).
Ensuite quand nous avons fait notre short list, nous nous dirigeons vers celui qui semble le plus motivé par son discours, et qui est le plus raccord avec nous de l’idée que nous faisons de l’album.

11- Merci à toi pour ton temps ! Nous avons hâte de t’accueillir avec DAGOBA en Janvier prochain ! Le mot de la fin est pour toi !

Merci pour votre confiance et votre soutien, on se retrouve très bientôt !!
Prenez soin de vous.

 

CAMILLE BECHET [ ingé son live ]

Entre deux balances Camille s’est prêté au jeu des questions/réponses de THE STUDIO EXPERIENCE ! Une interview d’ingé son à ingé son pour apprendre et connaître le métier du live avec un export du genre rock/metal.

Bonne lecture !

1- Salut Camille ! Merci de nous accorder un peu de temps durant ta tournée ! Peux–tu te présenter?

Salut ! Je m’appelle Camille Bechet , je bosse dans l’audio depuis 2009 , j’ai commencé avec un cursus de technicien son à l’INFA en alternance puis j’ai bossé en événementiel / concert pour différentes boites de prestation en région parisienne jusqu’en 2013 avant de me retrouver catapulté en tournée un peu par hasard avec AS THEY BURN .

Apres cela mon activité c’est intensifiée dans ce milieu jusqu’à devenir 90% de
mon travail à l’heure actuelle. Depuis 2016 je passe entre 6 et 8 mois par an sur la route principalement en FOH ( front of house / mixeur face ) et parfois en MON
( monitors / mixeur retour ) .

2- Ton métier d’ingé son live t’emmène aux quatre coins du monde. Quel est le pays que tu affectionnes le plus et pourquoi? Professionnellement parlant, y a-t-il des pays où techniquement ça se passe mieux?

C’est vraiment une question difficile, il y a des tendances pour certains pays mais j’ai eu de très bonnes comme de très mauvaises expériences a peu prés partout.

Techniquement on voit une très grosse différence entre les pays qui ont un soutien au niveau culturel de l’Etat tels que les Pays Bas, ou les réseau de smac en France et ceux où ça n’est pas le cas.
Dans le style ou j’officie ( metal / metalcore / rock alternatif ) c’est majoritairement de la tournée de club et du coup en terme de qualification du personnel de qualité d’accueil et de matériel on voit une différence énorme entre ,par exemple, l’Angleterre où tout est privé et fait à l’économie et des salles subventionnées à jauge identique. De manière générale certains pays ont une tradition “d’accueil” plus développée que d’autres, comme l’Allemagne ou la Scandinavie. Personnellement j’aime beaucoup l’Allemagne et les pays de l’Est où la plupart des salles de concert sont d’anciens bâtiments soviétiques, ça donne un cachet et une personnalité aux lieux. La Suisse est un cas a part aussi. La qualité des équipements est  impressionnante là-bas. J’imagine que c’est dû au niveau de vie qui est clairement plus élevé que dans le reste de l’Europe.

3- Etre tout le temps sur la route doit amener son lot de bons et mauvais moments. Mais parlons uniquement des bons ! Quel est ton meilleur souvenir avec un des groupes que tu as pu accompagner?

Encore une question pas facile ! Faudrait déjà que je me rappelle de tout et c’est très loin d’être le cas ! Je pense que si je devais en choisir un c’est le moment où on a pris la route pour la tournée européenne d’AS THEY BURN . Etre dans le van et me dire :  “ça y est , je pars en tournée un mois a travers l’Europe avec un groupe de metal”. C’était une tournée en van dans des conditions pas facile et pourtant je n’en garde aucun mauvais souvenir.

4- Comment envisages-tu ton job en live? As-tu des habitudes ou des “trucs” que tu aimes utiliser?

Pour moi mon job est de transmettre la musique au public via des moyens techniques.
Je compare souvent ça au job d’un modéliste en couture. L’artiste arrive avec une idée et c’est mon boulot de donner quelque chose de concret au public. La première chose à faire est de comprendre l’identité musicale de l’artiste. C’est pour ça que parfois ça ne marchera pas entre un groupe et un sondier, même très bon, si ils ne s’accordent pas sur la vision finale.

La première chose que je fais quand je bosse avec un groupe c’est de travailler le son plateau. Si le son plateau est bon c’est 75% du travail de fait. Je passe parfois plus de temps dessus que sur le mix en lui-même, spécialement en début de tournée. Ensuite le calage du système de la salle est une autre étape ultra importante.
Attaquer un mix sur un système pas calé n’a pas de sens pour moi. Après je ne suis pas ingé système donc j’ai un niveau limité là-dessus mais je fais attention à ce que la phase du système soit correcte et je travaille la réponse en fréquence de mon système avec les outils a disposition ( param / 31bandes / remote systeme / etc… ).

Une fois que c’est fait, et avant d’attaquer le mix en lui-même, je fais attention à avoir un gain staging cohérent, pour moi c’est une étape extrêmement importante.

Je n’ai pas vraiment de trucs ou habitudes récurrents, je tourne rarement avec ma propre console du coup je suis flexible car je rencontre vraiment de tout en tournée , de la 01v aux nouvelles ssl en passant par de l’analo de plus ou moins bonne qualité et du coup je vais organiser mon mix complètement différemment selon la bécane et de la jauge .

5- Mixer en live des groupes avec samples et autres orchestrations ne doit pas être évident. Comment traites-tu ces éléments dans ton mix?

C’est une très bonne question, des samples et orchestrations mixées dans un protools ou un ableton vont sonner extrêmement différemment lorsqu’ils seront envoyés dans une diff de salle, très souvent il y a de gros problèmes dynamiques et fréquentiels.

La solution maîtresse est de faire une résidence dans une salle décemment équipée et de passer chaque sample a la loupe et de le travailler individuellement à la source jusqu’à obtenir un ensemble cohérent qui s’intégrera dans le mix. Quand je n’ai pas l’occasion de faire ça je rattrape comme je peux à l’eq et au comp mais c’est vraiment du bricolage, c’est IMPÉRATIF de travailler ses samples en amont. Ce qui sonne au casque ou sur des écoutes de studio n’aura rien a voir dans une salle.

On a passé des heures et des heures par exemple avec Victor de BETRAYING THE MARTYRS à écouter chaque patch de synthé et a directement les traiter sur sa session de logic.

6- Quelle est la première erreur que les apprentis ingés son font en live? Quel serait le conseil à leur apporter pour éviter ça?

Se jeter directement dans le mix et en faire trop. Faut oublier la console au début. Ecouter son son plateau. Travailler ses placement de micro. Ecouter le système. Et seulement après rentrer dans le mix.

Ça n’a pas de sens de commencer par égaliser et compresser un signal alors que de dire aux gars de se baisser et bouger un micro réglerait le problème. Et bosser au maximum en négatif pour tout ce qui est eq surtout sur le digital.

Aussi quand on fait les retours depuis la face, se forcer à faire les deux en même temps. C’est un coup classique de faire une face qui marche puis ensuite attaquer les retours et avoir sa face ruinée par la repisse des retours. Plus la salle est petite plus c’est vrai, mais mime dans des salles de 1000/2000 personnes j’ai pas voir des retour foutre en l’air une face !

7- Allez, on ne peut pas resister à te poser la question… Masterises-tu en live?

Quand je me sens confortable et que j’ai des outils que je connais oui. Mais j’y vais léger , ça a un potentiel destructeur assez énorme (rires) du coup je fais attention à ne pas prendre trop de risque. Si je tourne avec ma console et un rack d’outboard avec des balances tous les jours définitivement je peux masteriser en live. En revanche dans le cas d’un festival où j’ai 20 minutes de line check et du matériel avec lequel je ne suis pas super familier j’évite car je risque de faire plus de mal que de bien, et on n’a pas de deuxième chance ou d’essai en live !

8- Quels sont les prochains groupes avec qui tu vas tourner?

Je suis actuellement en tournée avec PALAYE ROYALE , un groupe d’indie rock de Toronto signé chez Sumerian records j’enchaîne ensuite avec le NEVER SAY DIE au retours pour BEING AS AN OCEAN et sûrement à la face pour un autre groupe sur la tournée puis je rejoins BETRAYING THE MARTYRS à la face pour leur tournée européenne avec AUGUST BURNS RED jusqu’à mi décembre.

9- Est-ce que les groupes avec qui tu bosses t’incluent dans le process de production studio? Vu que tu connais leur son en live cela peut être un atout supplémentaire !

Dans le cas de BETRAYING THE MARTYRS j’ai assisté au recording de THE RESILIENT mais dire que j’ai participé serait un bien grand mot. Je devais participer aux prises drum de l’album qu’ils enregistrent actuellement pour justement les raisons que tu évoquais dans ta question mais ça n’a pas pu se faire finalement pour des problèmes d’agenda.

10- Merci pour ton temps si précieux. Le mot de la fin est pour toi !

Merci a toi ! Je dirais pour finir qu’il n’y a pas de “bonnes manières ” de bosser, faut trouver ce qui nous est confortables et ce qui sonne !

Camille collabore avec :
The faceless / the word alive / I see stars / dying fétus / psycroptic / as they burn / betraying the martyrs / novelists / kadinja / Atlantis chronicles / palaye royale / being as an ocean